17.07.2008
Un castor mort de l'autre côté de la voie
Chaque soir, je me sens en vacances. C'est traître, les vacances... parce que ces vacances là se terminent le lendemain matin, quand tu jettes le téléphone par terre pour le faire taire. Et qu'il faut bien reprendre le chemin de ce chenil laborieux qui me paie ma prolongation mensuelle. Plus pour très longtemps, plus pour très longtemps... Le temps des vaches grasses est bientôt terminé. Les actionnaires, ces vieux messieurs aux allures si distinguées, ont mis la main à la poche pour un sursis d'un an accordé à notre fine équipe. Comme je vois pas pourquoi on ferait mieux l'année prochaine que l'écoulée, tout ça sent le sapin à plein nez.
Une âme aussi sensible que moi... Me faire ça ! Moi qui commençait à trouver du charme à la vie quotidienne du faiseur de bruit médiatique. Voilà qu'on s'apprête à me laisser à nouveau, et les collègues avec, sur le bord du chemin nauséeux qui conduit tout pas droit à la retraite.
Alors qu'est-ce que tu veux, on a comme des envies de prendre des raccourcis. Genre se lever et partir. Il y a longtemps que je n'ai pas fait ça. Dommage, parce que ça soulage. En attendant, se concentrer sur le travail tient de la gageure. A quoi bon s'emmerder si on sait que le résultat ne changera rien, mais rien de rien de rien, au... résultat final. On est pas sur le pont de la rivière Kwai ici. Le soleil brille, mais plutôt dehors que dedans.
Bon, bin reste plus qu'un an à tenir dans ces conditions merveilleuses. Ma collègue d'en face a déjà calculé le montant de ses indemnités de départ. Celle de gauche a été promue au lavage des carreaux. Je pourrais faire dame pipi ? Promis, on va bien s'accrocher à nos bureaux d'ici que ça se termine, comme des moules sur leur banc (pour les filles) et des bigorneaux aphasiques (pour les garçons).
Et dans deux heures, c'est les vacances jusqu'à demain.
15:56 Publié dans Aucune catégorie sélectionnée | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
14.07.2008
Titanic
Me demande rien, me demande rien, de rien de rien, ça vaudra mieux pour tout le monde. C'que j'ai, j'te l'donne, c'est pas un problème, mais simplement me le demande pas, si j'te l'donnais VRAIMENT tu saurais plus qu'en faire.
Et on sera bien emmerdé tous les deux ou trois qu'on est là, à se regarder en chien de pixels dans la faïence de l'écran.
Bon, j'ai bien mérité une bière. Et j'm'en vais vous narrer la première connerie qui me passe par les trous d'nez. (p'tain font chier avec leur 14 juillet à la mords moi l'noeud, it could be allright, maintenant, et billie Jean et la danse des canards et). (Une bière j'te dis, tavernier, et fissa)
J'reviens
Ouais mais tiens, et si tu me demandais un truc et que j'te l'donne pas ? Juste comme ça, pour voir. Le coup du mec qui fait la manche dans le métro et qui fout tout le monde mal à l'aise, hop atelier "chacun regarde ses pieds" ou s'absorbe dans son gratuit, tout d'un coup ça devient vachement intéressant ce papier sur la fiscalité (les dons sont exonérés d'impôt, nooooon, bin siiiii !), tu peux lui filer quinze balles tu te sentiras quand même comme une merde. Si tu donnes rien, au moins tu te poses pas la question. Mais faut assumer... Mais qu'est-ce que j'ai à te servir mon couplet judéo truc, t'en foutrais moi, des Prochains ahaha, des Voisins, des Semblables, des Pas Semblables,et des coche la case et reviens m'en parler.
Mais qu'est-ce que je fous dans ce bled ? Comment la gamine arrive à pioncer avec ce baloche là-dehors... OUaaah, ça c'est bon, ça, Grease, tell me more, tell me more, ah trop bon, tu t'souviens... ? ah non, euh, j'ai encore l'air ringue, là, boh tant pis.
Ouai, d'un coup ça m'emmerde ce truc du j'te donne, tu prends, tu fermes ton clapet, d'ailleurs y'a pas moins généreux que moi, et je trouve ça moche, mais j'en bois et puis j'oublie. Pas dégueu la bière. Non, en fait j'aime pas. J'préfère le coca, mais la sucrerie me soûle pas, pas assez.
Oh non, tu vas pas finir comme ça, déjà que j'ai la peau grêlée, merde, le teint pas net, je vois que ça sur ma gueule, j'te mets pas la photo, me la demande pas, non non, j'ai trop envie ahaha.
Pause pipi
Ah ouais, ça c'est la bière. J'ai rencontré ce gars, là, Titanic, tiens. La bière au petit déj après une nuit blanche. Pfff, j'aurais pas tenu, j'aurais tout dégobillé, moi, dans les toilettes, et plus vite que ça, on avait déjà fait pas mal d'excès, là, cette nuit.
Alors Titanic, c'est le mauvais reflet du miroir. Tu vas t'asseoir sagement à la place qui t'a été attribuée et le mec se tourne vers toi, grand prince, bonjour, je m'appelle Titanic.Tout vêtu de noir, le deuil, non, trop la classe, pas du tout, le doigt jusqu'au coude, non non, de l'affèterie, rien de plus, l'auréole de cheveux blancs, la veste froissée, les pompes genre compensées, je le reconnais, c'est un baroudeur.
Le mec à qui on la fait pas. D'ailleurs, il sait. Et il lit en moi comme dans un annuaire, un morceau de littérature pas bien intéressant, quoi, des noms, des listes, ça me fout mal à l'aise déjà, alors t'avises pas de me raconter tes mémoires eh bin si. Y peut pas s'empêcher, Titanic il est comme ça, son CV est une mémoire, une tranche d'histoire, il a fait le Viet-Nam, Libé des débuts, l'Express grande époque et que sais-je encore.
Ah mais ça, ça dit rien du mystère des personnages que tu croises sous l'arcade, hein. La dernière fois, je rentrais de cette maison de retraite en plein air, coment ça s'appelle, Aix les Bains, grave, le coin, des vieux qui se déplacent en voiturette de golf et pis des vieux qui savourent des glaces et pis des vieux qui font même pas vieux, le coin déteint sur eux, ces petites mignardises architecturales aux faux airs de bébé cadum, pardon, môssieu, des casinos,des roulettes russes, des flingues pas chargés, mais quand même, toutes façons déjà crevés les gusses, t'y crois pas un instant, le caniche qui suit la voiturette de golf, mais qu'est-ce que j'étais foutre dans un coin pareil, essayer de m'intéresser au sort du monde, comme si..
non non me demande rien, si j'te l'donnais, ça t'emmerderais, j't'assure, sers-toi, mais dis rien, ça m'évitera de devenir autre chose, quelque chose de pas beau, d'ailleurs peau grelée, bordel, avant j'avais le teint frais, de l'eau, de la rose, du cristal sur la tronche, du talc naturel, maintenant ohlàlà ça grisaille, c'est moche, quand tu fais vieux quand t'es jeune c'est cool, quand tu fais vieux quand t'es vieux, c'est dans l'ordre des choses (descends juste de la voiturette), mais quand tu fais gris à tout âge, bordel t'es pas aidé.
Me souviens de cette gamine à un arrêt de bus. Moche, inaltérablement moche. Merde. Que faire ? Bon bref, ce jour-là, de retour des Bains, j'arrive Gare de Lyon, l'iPod à fond les manettes sur les noreilles, et cette gamine timide qui s'approche. Une autre, très jolie. Elle dit qu'elle a 19 mais que tout le monde lui donne 15, sur ce point je la crois, bref, une jeune Teutonne, qui revient de Marseille où elle a largué son mec, s'est fait piquer son sac, et pris le premier train pour paris, en partance pour un rendez vous avec sa môman à bruxelles. Bref, je sais pas où dormir qu'elle dit.
Ah merde.
Bin t'as qu'à venir à la maison.
Ma femme sera ravie de te rencontrer.
Je cause, je cause.. Tu cherches de l'efficacité, une morale, un résultat, un sens à cette prose ?
Ouais, bin casse-toi, y'en a pas
On papote difficilement (j'parle pas teuton) dans le métro. Elle me résume les faits, marseille, son mec, son sac, sa môman. Bon, on lui file un coin de canapé. Ninette me dit, avec raison, que si elle elle était en carafe dans un bled inconnu elle irait jamais s'adresser à un mec.
C'est vrai, je la comprends. A sa place, j'irais voir une rombière. Le pire qui puisse t'arriiver c'est de casser un pot de fleur. Un mec, même gentil comme moi (trop bon trop con si si), on sait jamais, y'a toujours un prédateur derrière. D'ailleurs je le sens grave en moi, le prédateur. Il a le teint frais, le sourire carnassier, les yeux transparents. Bref, il est beau.
Moi, j'ai la peau grêlée, merde, l'alcool, doucement la conso, sinon c'est Titanic qui se rapproche. L'horrible reflet noir dans l'écran de faïence, la veste froissée, le visage ballonné comme un masque appliqué sur une boule pâte à modeler, ça pue la congestion, la circulation effrénée des globules qui se bousculent sous le vinaigre de la pelure.
La teutonne, non non rien de tout ça. Fraîche, fraîche, si tu savais, frérot. Ah, je lui offre même pas une clope en sortant du métro à Ménilmuche, persuadé que je suis que ça peut pas fumer, une jeunesse pareille. Oui, oui, prédateur, papa. Mais elle m'en demande une, tiens, l'innocente perdue, de clopinette, et qu'elle tire là-dessus. Et moi, les soupçons qui rebiquent, ah bin oui, j't'ai dit, faut rien me demander, et si c'était un piège ? Les hell's angels attendent qu'elle s'introduise dans la place pour intervenir en force. Ahaha poilant, y vont me voler mon chat peut-être.
Bon, une bière, pipi... le baloche se conclut là-dehors avec Si je vais à Rio, bin restes-y oh elle est facile celle-là. Merde il est où Popod...
Je vais voir.
Bon, je glose, je glose... Cherche pas, cherche pas... Donc Titanic me tient la jambe jusqu'à deuxtrois heures du matin. On est à la terrasse du Hilton de Tolède, dans la chambre la douche est tellement bonne, je t'assure j'en prends deux d'affilée et une autre le matin, j'ai plus envie de partir, j'aurais pas cru me faire bouffer tout cru come ça avec ces colifichets pour riches. Des visions de voiturette de golf.
Mais là, la terrasse, les lumières sur les collines, un peu plus loin, tout autour, sur la gauche, un peu à droite, je l'écoute. Mais il dit rien, on dit rien, on parle politique, on a vraiment rien à foutre. De toute façons, personne n'a rien à foutre ici, on nous promène, on joue le jeu, on bouffe, on picole et on prend des douches. M'enfin, y'en a qui vont se coucher.
Ceux qui ont pas eu la chance de rencontrer Titanic.
Me fait pas dire c'que j'ai pas dit, hein. Titanic, je l'aime bien. C'est bien ça le problème, cette sorte de reconnaissance des consanguins, qui fait qu'on sait, l'un de l'autre, bon d'accord pas les mêmes galères, moi c'est plus modeste, j'ai pas fait le viet-nam, quoi, mais on est du métier, on sait toute la dimension métaphorique de ce merdier pour des gens qui se sont contentés d'y être spectateurs, non pardon, témoins, ah le grand mot, oublié de notre petite constellation de VIP d'élevage, au Hilton, Tolède, mais bon, faut s'appeler Titanic ou ppd pour faire semblant d'y croire et reprendre ton vrai nom après pour savoir que tout ça reste quand même du pipeau, c'est-à-dire qu'on est nous, quoi.
Bon, une bière... ça vient oui ?
J'en étais où de mon trifouillis ? Il va m'en vouloir le beau père, si je lui pique sa bière ? Et un cigare ? Un gendre tel que moi ahaha. Titanic n'hésiterait pas une seconde, hein, lui. Moi juste un peu, pour dire. En plus, les cigares c'est moi qui sponsorise, alors. J'voulais dire qu'on sait rien des people pas vraiment people qu'on rencontre. La jeune teutonne par exemple. J'imaginais des hordes de hell's angels bouffant mon chat tout cru ou écrivant helter skelter sur les murs avec leurs petites mains trempées dans mon sang.
Meuh non. Le lendemain, c'était la fête de l'école et je tenais un stand où on fabriquait des chachachas avec lesvieilles boîtes de thé de cette parente hyper militante pour la cause de l'école publique. Ninette est retournée voir la teutonne pour la mettre dans le métro direction gare du nord. J'avais déjà fort à faire avec les grands frères des petits frères qui voulaient tous leur maracas maison.
Là où j'ai rien compris à la vie c'est que je fume le cigare comme une vulgaire clopinette. Prédateur, tiens.
Après, Ninette m'a raconté que la gamine était enceinte jusqu'aux yeux. Qu'elle avait fumé quinze clopes dans le salon en jouant yesterday au piano. Les hell's angels n'étaient pas venus. Elle a disparu et je me demande ce qu'elle devient.
Et Titanic ? Je l'ai entraîné dans les rues de Madrid la nuit. Il en avait trop envie, moi aussi d'ailleurs. Mais j'y aurais été tout seul, moi, lui je crois pas. Les affres du Hilton. Je tape un joint à un jeune homme, et la discute, sans politique. Et puis un vendeur de jasmin pakistanais se jette sur nous. On dénègue, no no no flowers. Il nous sort la photo de sa gamine et de sa femme restées au pays. Bon, je lui souhaite bonne chance et voilà. Mais Titanic sort un gros bifton de cinq balles et lui fourre dans la pogne. Je te dis pas comme ça casse l'ambiance, le flouze, quand t'en as pas. J'me suis dit qu'il avait peur du Pako, en fait. Qu'il voulait pas vraiment l'écouter plus d'une minute et qu'il préférait croire qu'il y avait une demande cachée derrière son sabir, plutôt que rien, c'est trop angoissant quand tu piges pas où on t'emmène.
Alors moi, avec ma liste d'annuaire...
La caractéristique de Titanic, c'est qu'il en a rien à battre de tes démêlés d'ego. Ah, on peut pas barouder et prêter attention au paysage. Et je fais partie du paysage. Alors comme une mauvaise pente, je l'entraîne dans un rade à radasses et on descend 25000 bières et bourbon avec un autre journaleux rencontré par là, qui trimbale avec lui des effluves de rocky converti au crédit sur vingt ans, perpette.
franchement, me demande pas ce qu'on s'est dit. Me demande rien en fait, voilà. Que j'dis. Le lendemain matin, Titanic était à la bière Gare du Nord, retour à Paname. Dans la nuit j'ai pigé que sa femme le foutait dehors, qu'elle lui préférait ses filles accros à Internet, que le boulot c'est dur et que bordel, dans son cas, ça prend des allures de tragédie grecque avec Léonardo et Kate respirant l'air vivifiant du grand large. La fêlure dans tout ça, enfin non, on sait, comme des consanguins qu'on est, bordel, j'ose plus me regarder dans une glace, peau grêlée, teint pas net, faut que j'dorme, le beau père y va dire quoi.
Lui aussi, Titanic, donc, j'ai failli le ramener à Ninette, le mettre sur un coin de canapé pour qu'il se repose un brin avant de repartir gare du nord, un bon couscous et ça ira mieux, j'dis toujours. J'm'ai r'tenu, pauvre Ninette, deux fois dans la semaine. Et celui-là, c'était du calibre.
Trop finaud, Titanic, y s'est pas avancé franco. Juste insisté qu'il avait rien à foutre ce jour-là et bientôt plus de maison où crécher. Après le Hilton, t'avoueras que c'est dur. Bon, bref, je témoigne qu'on est des fois comme des clochards qui miroitent dans un monde qu'est pas le leur. Sauf ppd, mais c'est une autre histoire.
J'ai rien dit, donc. J'le rappellerai un d'ces quatres.
02:43 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
08.07.2008
le jour très très long
aujourd'hui c'est baby sitting collectif. j'en ai trois sur les bras et je commence à me dire que ça risque de faire beaucoup.
09:53 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
26.06.2008
Et après ? Musique, maestro...
Quand je relis la note précédente, j'ai un peu les boules quand même. Et comme j'écris rien depuis des milliards de centaines de milllions d'années (oui, il faut mesurer ça en nanophotons à l'échelle de l'implosion temporelle), j'ai souvent les boules. Ma môman est partie et je lui jouerais bien 345678 jeux interdits si ça pouvait changer quelque chose.
Il n'y avait peut-être pas urgence, mais je suis retourné voir mon Docteur Sourire préféré (j'en ai essayé d'autres au cours de ces dernières années, mais il n'y a que LUI qui tient la route, la corde et le coup). Dans sa loge de la rue Le Tac, rien n'a changé. Etonnante stabilité de la part d'un disciple de la Séparation (oui oui, merci Alm, si tu passes par là, c'est un emprunt, j'te l'rends mardi). Mais ça fait comme un repère sur la carte du temps. Quelques années en arrière. Des problématiques éteintes, elles aussi. Tiens c'est vrai, que sommes-je devenus ?
Je peux bien dire je pour lui puisqu'il ME représente auprès de papa Freud/joie, feu de joie, jeu de l'oie, blabla
Rien n'a changé, ni les tableaux, ni les piles d'Art press sous la table, ni même l'étiquette sur laquelle lui et l'Isabelle avec qui il partage son cabinet noir (il y a aussi de l'Isabelle dans sa vie. Ce n'est sans doute pas un hasard, hein, que dis-tu de ça, on est dans l'ambiance) gribouillent successivement leurs tarifs au gré des changements de secteur médical ou des caprices de la sécu. Rien n'a changé, sauf le fauteuil, un beau fauteuil blanc sur lequel j'hésite à m'asseoir. Il rigole, vous croyez qu'il est piégé ? Il l'est, certainement. Ultraméfiance...
Je t'ai dit qu'un accélérateur de particules est en construction au sous-sol ?
J'avais même un rêve en tête, mais j'ai pas eu le temps de lui raconter, après qu'on soit virtuellement tombés dans les bras l'un de l'autre. Depuis tout ce temps, qu'est-ce qui s'est passé ? Comme Zazie, je pourrais dire que j'ai vieilli. Ce n'est jamais faux...
Alors ce rêve... J'errais. J'errais dans les rues d'une ville qui ne m'était plus familière. J'avais de drôles d'excroissances qui me poussaient, aux chevilles, sur les genoux. Le genou, depuis celui de Claire, c'est le défaut de la cuirasse, le talon d'Achille. J'étais dans la lune. Une bagnole m'enlevait comme un papillon au bord de la route et m'emportait, assis sur le capot jusqu'à une maison où je retrouvais ma soeur. Elle aussi furonculait, touchée par la maladie.
J'étais là comme un tintin ahuri dans l'Oreille Cassée, le décor ressemblait à une pacotille sud américaine, les milliards de rêves que j'ai fait qui se passaient à Marseille, et voilà que je ne reconnais plus l'endroit même en rêve, racines coupées, passé dans l'INTERZONE, les Terres occidentales, le territoire des Morts de l'Ancienne Egypte...
On se disait rien.
Y'a quoi à dire ?
Heureusement qu'il s'est acheté un nouveau fauteuil.
01:05 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
04.02.2008
Boîte à musique
Je sais pas ce que c'est mais j'ai envie d'écrire. Enfin si, je te dirai tout à l'heure... Alors voilà. Un truc que je n'aime pas, c'est jouer de la guitare pour ma môman. Ma môman est fondue de musique. Une vie entière à se lever à cinq heures du matin pour gratter sa six-cordes. Un peu de piano l'après-midi, sur une vieille casserole qui lui rappelle ses souvenirs. Et quand elle me tient sous la main, la cérémonie est toujours identique : prends cette guitare mon fils et joue-moi jeux interdits.
Ce film, cette musique plutôt, l'a marquée à un point, je te dis pas. Ces arpèges anonymes, moi j'ai l'impression de la complainte d'une génération foutue, fou-tue. les malheureux. Ils en ont eu pour leur fric, tiens, de la musique. Les petits enfants de la der des ders. Tout ça, ce condensé de douleur, d'enfance perdue, de malheurs qui ne se disent pas... Moi je joue ça mécanique, j'aime pas, c'est juste pour faire plaisir.
Alors je me transforme en boîte à musique. Tu sais, ce petit jouet imbécile que tu fais marcher une fois ou deux avant de l'oublier sur son recoin d'étagères. A chaque fois, je ressens la même chose. Maman me colle la guitare entre les mains, puis quand je commence ce déroulé d'arpèges, toc, elle n'est plus là. Elle ne m'écoute pas, elle prépare déjà le second morceau qu'il va falloir que je lui joue. Evidemment pas un morceau que je connais, non, mais un truc qu'elle s'échine à déchiffrer depuis dix ans. Un truc à elle. Bien sûr, elle tient à m'entendre l'écorcher vif, pas pour se fiche de moi, non, mais pour me délivrer son message à elle, en vrai ce qu'il signifie dans l'architecture complexe de son esprit. Tel truc lui rappelle le jour de la mort de Léo Ferré. Cette petite étude de Fernando Sor (celle en si mineur), le jour où son chat est mort. Ce chat fidèle. Celle-ci, de Villa-Lobos, la plus difficile, le sourire d'une petite japonaise qu'elle a croisée un jour en descendant du bus. Tout ça, elle me le répète inlassablement à chaque fois. Elle me raconte ses souvenirs, de façon aussi mécanique que moi je joue jeux interdits.
Et moi, je ploie sous l'effort. Peut-être, songes-tu, est-ce parce qu'elle n'écoute pas que je me sens si mal à l'aise. Oui et non. D'un côté, j'y suis habitué. Il y a lurette que je n'emmerde plus ma mère avec le besoin d'être écouté. D'ailleurs, ce n'est pas mon genre de demander ce genre de choses. Je veux bien être sa boîte à musique pour un moment. Ses doigts ne sont plus aussi souples qu'avant. Jouer de la guitare lui est devenu quasi impossible maintenant. Avec son cou qui part en miettes, et sa crispation de toujours sur la nuque, je crois même que c'est dangereux. Des fois quand tu joues, tu ne te rends pas compte à quel point tu es crispé. Telle note, telle position un peu difficile... Il faut un sacré entraînement pour rester zen et détendu, détendre en particulier les doigts à l'instant même de l'effort maximum. Mais pour acquérir cette maîtrise là, c'est des heures de travail quotidien qu'il faut. Elle ne peut plus vraiment le faire.
Ce qui me gêne, en réalité, c'est de devenir une boîte à musique. C'est qu'au moment où j'accepte cette condition momentanée, la musique perd son sens. Je perds mon sens. Je ne suis plus très sûr d'exister. Je deviens le support de ses souvenirs à elle, ce qui, déjà, ne me laisse pas beaucoup de place. Il y a une sorte de violation là-dedans. Une musique qui n'est plus tout à fait libre, mais chargée de son sens, de ses signifiants.
A chaque fois, j'ai l'impression désagréable de n'avoir travaillé mes gammes et mes arpèges que pour mieux disparaître derrière. Pour recevoir l'admiration et les bons points de ma mère, comme un bon petit singe qui connaît bien son numéro. Il m'est souvent venu à l'esprit, à ces moments-là, que le désir de ma mère devenait plus fort en moi que l'amour de la musique. Souvent, je me suis dit aussi qu'il était temps que cette comédie cesse. Que j'allais abandonner la guitare, tout simplement, comme j'ai souvent eu envie d'abandonner ce blog. Parce que c'est un numéro de singe. Pas un partage. Que je cherche l'approbation de quelqu'un qui ne me la donnera jamais. Et que franchement, si t'y réfléchis, y'a vraiment rien de plus con — ni de plus humain, je suppose.
En plus, je joue mal. Mécaniquement et mal, je te l'accorde raide. Ce qui me sort des doigts est pathétique. Ce n'est pas de la musique, c'est du support mnésique. Et d'ailleurs peu importe. C'est juste que ça me nie. Et que je ne sais plus trop bien, après, si j'aime encore la musique. Si j'ai jamais eu ce désir en moi. Ou si je ne suis pas, moi, le condensé de tous ses fantasmes, à elle. Ce truc épouvantable pour lequel tu dépenses 4845 45879 45612 euros en analyse en espérant trouver l'assurance que non, tu es bien un être humain à part entière, tes désirs ne sont pas ceux de quelqu'un d'autre, que tu n'es pas seulement là pour combler les lacunes d'une trame existentielle qui n'est pas la tienne.
La dernière fois, je m'étais promis que c'était fini. Que je prétexterais un bobo au doigt pour ne pas toucher à la six-cordes. Que je ne m'énerverais pas, ni contre elle ni contre l'instrument. Tiens, d'ailleurs, l'instrument lui-même possède son histoire. Cette guitare, je la lui ai offerte avec l'une de mes soeurs. Avant, môman ne possédait qu'une vieille casserole ramenée d'Algérie, 37 ans d'âge et plus aucune dent. Avec sister, on avait écumé tous les luthiers de la rue de Rome, 17e, pour dénicher la guitare qu'il fallait. Facile à jouer, un beau son plein, une teinte douce. On a pas lésiné sur le pognon, on voulait du solide. Bin, en l'espace d'un an, la bête s'est faite à la pogne de ma mère. Fou-tue ! Impossible de l'accorder, je te jure, quand le si est juste, le mi part en couilles. Changer les cordes, les mécaniques, tout : rien n'y fait. Jamais vu ça. Une bonne guitare passer ainsi au statut de ruine ambulante. Pourtant objet de tous ses soins, chouchoutée, briquée, nettoyée, polie, adulée... Rien à faire. Un cauchemar de dérèglement, une horloge en retard... c'était la quatrième dimension, ce phénomène. Ma mère, évidemment, a toujours juré le contraire. Pour elle, cette guitare, c'est une sorte de Stradivarius : forcément, un cadeau de ma fille ne saurait être que parfait, dit-elle. Elle ne s'est jamais souvenue que c'était aussi mon cadeau. Si je lui fais la réflexion, elle dit ah bon, t'y es sûr ? Je ne lui fais plus la réflexion. J'essaie de comprendre.
Si la guitare est pourrie, elle protège ma soeur. Si la guitare est excellente, elle se moque de moi... Peut-être nous maudit-elle tous les deux de lui avoir infligé cette plaie de palissandre à laquelle elle préférait sa vieille guimbarde. Ou seulement l'un des deux, essayant de sauver l'autre ? Je ne sais pas. Les méandres de ce que je soupçonne parfois ma mère de penser me donnent le tournis.
Alors la dernière fois, j'avais tous ces trucs-là en tête, quand elle me fiche la guitare entre les mains et jeux interdits. Je n'ai pas eu le temps de réfléchir. J'ai commencé à jouer. Miracle, miracolo, milagro et toutes ces sortes de choses : la guitare était JUSTE. Ne me demande pas pourquoi, mais elle était juste. Les notes étaient au bon endroit. L'octave était parfaite, au comma près. Je me suis arrêté illico, je l'ai regardée dans les yeux, pas la guitare, elle. Elle n'avait pas d'explication à me donner. Elle était déjà dans son monde, feuilletant ses partitions. Tiens, celui-là, joue moi celui-là il est trop beau, ça me rappelle mon ami François Tomasi, ça s'appelle Mélancolie, quel artiste c'était, qu'est-ce qu'il a bien pu devenir ?
C'était l'après-midi, à Marseille, il faisait beau, la gamine dormait à l'étage, on était seuls, maman et moi, dans la cuisine. Et puis j'ai songé que c'était sans doute parce que c'était l'une des dernières fois. Le toubib lui donne quelques mois à vivre. C'est bien le moment qu'un miracle arrive. Si j'écris, là, c'est que j'aimerais bien savoir comment lui parler, maintenant.
15:40 Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
30.12.2007
Un homme, une femme, un homme, une femme, un...
Un petit coucou à mes fidèles lectrices, pour leur dire que je pense bien à elles et que je nous souhaite rien que du meilleur pour cette p'tain d'année qui commence si mal, mais vu que le pire est toujours à venir, ce qui nous attend dans les mois qui viennent sera forcément de la blague en comparaison de l'ultime pirouette qui tapisse l'ombre, là au bout, dans de longues longues années, je l'espère pour toi, toi et toi.
Ouais, je sais, c'est un peu noirci à la chaux comme épitaphe anticipée, mais kestuveux... Faut voir le sens de tout ça : j'ai passé mon année, non, ma vie, à me défendre de toi, toi et toi encore, à me fustiger, voire à démolir ce que j'avais de plus cher et à pleurnicher quand c'était fait et bien fait. Et maintenant, que reste-t-il, hein, j'te l'demande, de nos amours ? Ahaha un abonnement à la berlue, je suppose, une oreille penchée vers mes lèvres avides de rien merci et un accélérateur de particules géant en construction quelque part sous mes pieds
Alors te souhaiter la bonne année dans ces conditions, tu vois, c'est ENORME !
Enfin, je trouve
Bises
02:19 Publié dans Inutile | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
02.10.2007
...
...
l'herbe est-elle vraiment plus verte ailleurs ?
Bises à toutes et toutes
10:20 Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note
11.09.2007
Buvez du lait !
Ainsi donc… Il était une fois un blog. Dans lequel, non, aujourd’hui je ne veux rien écrire. Je sais pas, j’ai trop peur. De décevoir, si si. Je sais, c’est con, personne ne lit ça, à part deux trois qu’ont vraiment rien à faire, mais quand même. Et puis moi, bien sûr, de temps en temps je reviens sur les lieux du crime. Je me dis, tiens c’est moi, ça ? Mais non, c’est pas moi, c’est, euh, un autre… ah oui, des fois on aimerait bien pouvoir dire ça, hein ? Bref, je me sens un peu comme une merde au moment de soulever un coin du rideau. Oui oui, le rideau… L’entrée en scène. De plus en plus difficile. Mais pourquoi ?
Au cours de cette longue nuit d’insomnie, je me demandais si je n’avais pas déjà trop de souvenirs pour en faire quelque chose. J’ai l’impression de ressembler à un gros tas de sédiments, mais du genre alluvionnesques : tout ça s’est déposé en strates épaisses, tout juste bonnes à boucher l’estuaire. Et voilà que les bateaux s’embourbent, que mes pieds s’embourbent, que les experts se plaignent du réchauffement de leurs éprouvettes — les sots, ne voient-ils pas les avantages que ça procure en termes de chauffage ? Ah bon, c’est pas si simple ? Euh, excusez-moi, je ne suis que journaliste… T’sé les guignols qui comprennent rien à rien. Hého, sans moi, vous vous ennuiriez !
Mais bon, c’est sûr, tout seul avec moi-même, en revanche, quel ennui… A se regarder le nombril comme je fais… J’en ai les prunelles douloureuses. J’étais donc en train de contempler le soleil se lever, blanchir les pylônes de béton et les bords des feuilles dans le square. J’avais cette réflexion désabusée sur l’embourbement progressif de mon égo. Je m’imaginais sautillant comme un écureuil encore jeune de branche en branche dans ce poudroiement de lumière naissante. Et patatras, me v’là encore, non, pas tout à fait à terre.
Donc, le stress du lever de rideau… Euh, ça fait pas un sujet de note, ça. Mais les sujets, tu vois, c’est comme la boue qui gangrène mes mouvements. Des prétextes, des illusions, des signaux envoyés pour organiser le déchaînement imbécile de la pensée inutile. L’éternelle éjaculation précoce de l’intellect ahaha. Justement, euh, il faudrait que je rentabilise ma cognition, ces jours-ci, t’sé, rapport au gagne-pain qui assure ma prolongation mensuelle et l’hilarité de quelques-un(e)s qu’ont vraiment rien d’autre à foutre que de lire les journaux. Oui, rédacteur ou lecteur, même combat. Le problème du journaleux c’est qu’il est censé être critique aussi de son propre travail. Autrement dit, euh, laisse-moi rire. Mais qu’est-ce que je te soûle avec ces errements… Dont t’as vraiment rien à foutre… Moi non plus, moi non plus… Mais je te l’ai dit, c’est imbécile. Inane, ça se dit ? Ben ça devrait, ça devrait…
J’étais donc là, campé sur mon tas de boue, rêvant du sort d’un moineau sur les branches irisées, profitant de cet éclat de lumière en provenance de Mexico, avec le décalage horaire et la réflection tous azimuts, oui oui pourquoi la lumière ne voyagerait-elle pas ainsi par rayonnement simultané d’un point à l’autre du visible, euh… Puis encore ce matin, ce rien du tout ne me quitte pas tout à fait. Certains n’arrivent pas à se débarrasser des oripeaux du sommeil (arrête de râler pour le petit-déj, steuplé). Moi, c’est des rêveries de l’insomnie, des envies d’autre chose mais quoi et des éclats de lumière toujours en retard à cause du décalage horaire. J’erre dans les rues, un flacon d’urine dans la poche. La gamine rigole « y vont le boire, les docteurs », mais oui ma chérie, y’en a qui te sucent le sang, les autres se contentent de boire le pipi, ahaha, à ta santé ahhaha. Tiens, ça me fait penser à Mario, laisse-moi te narrer cette brillante association d’idées qui passe.
C’était un guignol de première, Mario, un de ces argentins fous à demi-psychanalysés qui sillonnent le monde dilapidant une fortune dont on ne sait trop l’origine. Celui-là racontait sa naissance comme l’événement planétaire le plus important depuis la venue du Messie et, finalement, pas sûr qu’il avait tort, mais bon. Il se baladait en France, apprenant la recette de la vinaigrette et annonçant à des DRH imbéciles l’existence de Papa Noel pour louer ses services au plus offrant. Mais comme dans n’importe quelle histoire d’amour, pas un ne voulait de sa fiole car ces incroyants l’étaient (incroyants). Mario vivait donc, en attendant, aux crochets d’une touriste made in France revenue au pays, dans les jupes de sa môman commissaire de police de son état. Les tourtereaux filaient le parfait amour sous l’œil pas vraiment ému de la maternelle représentante du ministère de la Peur. Les premières failles apparaissent bientôt entre eux, l’Argentin supportant finalement assez mal la transplantation au pays des grives. Lui, évidemment, ne se rend compte de rien et poursuit sa route de grands gestes, son épopée vitale à travers la planète, surnageant de son rire homérique dans cette grisaille routinière où la merlue aurait bien voulu, peut-être, le nicher un instant.
Voilà t’y donc pas qu’un jour, pris d’une envie nocturne, mais infoutu de dénicher l’interrupteur, tout comme un albatros jeté sur un quai, l’argentin s’égoutte la nouille dans un récipient oublié du repas de la veille. Et au petit matin s’émoustille en proposant le breuvage à l’innocente donzelle, manière de plaisanterie, mais dont la métaphore de calice sans doute imprima sa marque dans l’esprit indigné de la future bien pensante. Qui évidemment s’en plaignit à sa môman. Qui évidemment profita de sa position à la préfecture pour mobiliser les forces de Police. Qui évidemment capturèrent l’éventuel sans-papier, lui fourrant sous le nez un mandat de dépôt et une injonction à comparaître. L’histoire d’amour se conclut au tribunal. Aux dires de la Commissaire, l’argentin fut accusé de gourouisme, buvage d’urine, pratique de rites bizarres, à défaut d’autres tares, car ses papiers, ils les avait bel et bien, ayant uniquement égaré sa carte bleue et son sens de la bienséance. Le Grand prêtre de la Pisse fut immolé en place publique et ne revit jamais la Gracieuse ni sa majesté Commissaire. Quant à cette histoire de Pisse, elle prouve au moins que la Police veille sur nous. Et que la morale se niche où elle peut…
Voilà à quoi je pensais en baladant l’urine de gaminette, dépêche-toi, plus que quatre minutes avant l’heure qu’elle ne soit plus buvable, faute de germes suffisants en suspension. Les Docteurs seront contents.
13:20 Publié dans N'importe quoi et tout le reste | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : no tags
04.09.2007
Une partie d'échecs
Tu joues pour moi
Tu me montres, dis-tu,
mais c'est pour ne pas reconnaître que t'as joué comme un pied
Tu me fais scintiller les avantages de ce coup imprévu
mais qui se trouvait bel et bien dans mon jeu
Tu balaies mes hésitations d'un geste
"Fonce, dis-tu, achètes, investis !"
Tu me montres ces immeubles de Monopoly,
ces gratte-ciel aux balcons en forme de péniche
Puis tu retournes l'échiquier
Et tu commences la manoeuvre
Tu m'expliques pourquoi
Le cavalier plutôt que la tour
Tu n'attends pas de réponse
Tu as pris ma place
Et déjà je vois les faiblesses dans ton nouveau jeu
Et je sais que je n'en laisserai pas passer une
Que je ne te ferai pas de cadeau
Parce qu'on a toujours joué comme ça
Et que la première raclée que je t'ai mis
vaut toutes celles que tu m'auras infligées
Je me réveille, il est 5h55
Je ferais bien encore une partie
histoire de me rappeler quel mauvais perdant
tu étais
14:45 Publié dans moi moi moi | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : tags no !
03.09.2007
Quelque chose mais quoi ?
Quand j'aurai réussi dans la vie, je ne ferai plus que des titres, le reste n'a aucun intérêt alors que la formule suffit, et je donnerai des leçons de journalisme aux petits prétentieux venus prendre mes mesures pour leur figurine de cire. Je leur fournirai les aiguilles aussi.
Autrefois, quand j'avais un blog, j'me disais que c'était drôlement important de penser à l'avance ce que j'allais y inscrire. J'voulais faire des rubriques et des zigouigouis, pas seulement pour te plaire, à toi, lectrice adorée, lecteur fasciné, mais aussi à moi, ce qui, tu l'avoueras, est quand même le plus important. Indispensable, donc, de ne pas zébrer le reflet, zaborder l'image ou zézayer le langage, jusqu'à la lie réussie de cette tentative, être moi, et donc mieux que moi (parce que j'ai la caractéristique d'être moins bien que moi et toi peut-être, en général)
Mais ça c'est quand j'avais un blog.
Aujourd'hui, je suis bien loin ((de ce matin de décembre, quand tu m'as annoncé qu't'étais en cloque...)) de la Zglobosphère, de ses passionnantes aventures, de ses tentatives d'être soi et encore mieux que ça.
Aujourd'hui, je suis vraiment moi. Sans témoin ni commentaires (j'ai même essayé autrefois de m'autocommenter pour voir - c'est comme la masturbation mais en moins bien). Je n'ai plus besoin de m'essayer en vitrine ou de jalouser ma merveilleuse effigie. Qu'elle est moi, je le sais, enfin.
Et c'est un peu à toi que je le dois.
14:10 Publié dans Des pneus et des chaînes | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : who said so ?
25.08.2007
A force...
Il faut que je te dise. J'ai envie de l'allumer ce cigare, tu peux pas savoir. Il est là, il me nargue, en pensée, en paroles...
Ne cherche plus, trouve. La réponse à toutes les questions essentielles...
1/ Qu'est-ce qu'il y a dans mes poches ?
Bon,c'est une quête comme une autre. Mes poches sont la plupart du temps un vrai dépotoir. D'abord parce que j'ai besoin de beaucoup beaucoup de choses sur moi pour vivre. Des provisions de bouche : une boîte de cigares (ah p'tain, me nargue, me nargue), une boîte de nicorette et des tablettes dépenaillées, des clés, des cartes de visite, une médaille miraculeuse que je perds et retrouve régulièrement, mon attirail de cartes bleue, Vitale, bibliothèque, à renouveler, professionnelle, des boutons décousus... Ensuite parce que je ne sais pas jeter. Je garde beaucoup trop de choses. Ces cartes de visite, par exemple, que je ne regarde jamais. Ou ces vieux tickets de caisse que j'empoche en me rappelant que j'ai lu quelque part que c'était pas prudent de les laisser traîner, qu'on pourrait y trouver mon numéro de carte. Alors je les roule en boule, mais sans les jeter quand même, songeant, quand je me balade dans la rue, qu'il y a peut-être des individus qui se spécialisent dans le ramassage des boules de papier comprimées, à cause des numéros. C'est aussi par civisme que je garde sur moi certains déchets, parce qu'il manque de poubelles à Paname. Ou parce que je pratique l'autosuggestion en attendant de trouver la poubelle idoine pour chaque déchet, par exemple celle qui se trouve à l'entrée du métro pour un ticket usagé. Je garde aussi les deux derniers tickets de métro que j'ai utilisés en me disant qu'un jour je pourrai les tendre en même temps à un contrôleur en lui disant que si son boulot sert vraiment à quelque chose, il devrait pouvoir reconnaître immédiatement lequel est le bon.
Mais ça fait des années que je n'ai plus croisé les pas d'un contrôleur.
Remarquable effort, Sam, continue...
2/ Cinq choses que tu as faites au cours de ces cinq derniers jours
Oh ça c'est dur ! Mais ça tombe bien, c'est la fin de la semaine, l'heure des bilans. Les bilans, ça c'est une chose que je pratique jamais. J'en reste au stade du projet en ce qui les concerne. Mais remontons donc le temps...
Lundi. Voyons... c'était la rentrée, tout le monde était au boulot, l'horreur, même les rues s'étaient brutalement remplies. Le soir, devant un cinoche, j'ai suivi ma compagne qui ne m'avait pas vu en lui téléphonant sur son portable, je me suis caché derrière un pylône puis derrière un arbre et j'ai exhibé ma jambe velue, elle m'a reconnu. C'était romantique et charmant, j'ai eu l'impression qu'on tournait une pub pour couples bobos, mais j'ai rien contre les pubs pour couples bobos (d'ailleurs j'en suis une depuis ce soir-là).
Mardi : on était tous les deux un peu perdus dans la maison qui paraissait soudain un peu grande. On tournait nerveusement dans les pièces bien rangées. Puis les grands parents ont sonné, on s'est aligné tous les deux comme pour une réception officielle, un peu tendus. La gamine est entrée, elle a hésité un instant, sans douté effrayée par nos mines angoissées. Puis elle s'est jeté dans mes bras. J'l'ai embrassée et refilée à sa mère.
Mercredi : séché le boulot et emmené la gamine se balader. On avait prévu de se rendre dans un café pour mômes au bord du canal, mais le café était fermé pour cause de promenade à la mer sponsorisée par le secours catholique. On a continué la balade le long du canal, jusqu'au parc. Cela faisait longtemps que le dessin des maisons, leur silhouette bien nette dans la grisaille, la lenteur de l'eau verdâtre entre les quais ne m'avaient pas paru exister autrement que comme un concept un peu creux, une idée ancienne à vérifier un jour de disponibilité. Ce jour là, le monde était bien là, donc.
Jeudi : j'ai déjeuné avec ma cheffe et je me suis rendu compte qu'elle ne m'écoutait pas tellement plus que ma môman quand elle a une idée en tête. Je n'ai pas cherché à savoir laquelle. Mais ça m'a troublé quand j'ai commencé à me dire qu'au fond tout le monde fait la même chose, moi le premier, ne pas écouter et chercher la faille pour en placer une, point barre. ça ne m'a pas empêché de parler quand même, imbécile, mais l'air de pas y toucher, joute un peu plate, dénuée d'autre enjeu que notre présence.
Vendredi : j'ai écrit ça. Et c'est fini, tiens.
00:00 Publié dans Un jour loin du taf | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : no tags
18.08.2007
La peste soit des autres !
Ahaha ! le titre se suffit à lui-même, je trouve ! Tandis que je grave ces mots sur mon clavier dont les lettres s'effacent - eh oui, il faut que tu te rendes compte des difficultés dans lesquelles je travaille au quotidien - si si - euh, donc oui, tandis que.. j'ai jamais vraiment aimé cette conjonction là, trop compliquée pour le pois chiche qui me sert de cerveau.... attends voir, je change de paragraphe ni vu ni connu et hop...
On est toujours la peste de l'autre, d'un autre, tu sais, la personne que tu gaves pasque t'aimerais bien qu'il ou elle apprécie ce film imbittable qui t'a tellement marqué quand t'avais pas encore toutes tes dents ou ce bouquin que tu savais même pas lire mais que quand tu l'as lu ça t'a foutu par terre tellement c'était bon, mais essaie donc d'espliquer pourquoi, même la personne la mieux disposée à ton égard n'y comprendrait goutte, alors pourquoi cette personne là en particulier, livrée par les circonstances, le nombre d'années que t'as vécues sur cette malheureuse terre et...
ohohoho
j'commence à trouver ça drôle
Donc tu fais souffrir inutilement tes proches en voulant leur faire comprendre des choses qui... Bon d'accord, ils vont faire un effort pour essayer de te suivre, mais fopadékoné leurs limites ne sont pas les tiennes, à un moment ou un autre forcément ça coince, pour une raison ou aucune
Looooool
donc j'm'ai aussi rendu compte que si plein de monde représente ma malédiction personnelle du bubon, je suis forcément aussi la peste d'un(e) autre et que donc, cet équilibre métaphysique ressemble fort à de la justice, au concept de, qui serait donc comme une donnée immédiate de l'existence, à défaut de la conscience que je n'ai pas. Donc bah, j'étais en train d'écrire cette note à demi bourré, ou carrément d'ailleurs, pour essayer de justifier un mouvement de rage, mais au final je débouche sur la conclusion rigolote que je peux bien me permettre d'être injuste, et les autres avec moi, au fond ça change queue dalle
je crois qu'en c'moment je suis incapable d'aligner trois idées
tu vas me dire à quoi bon, de ce fait, t'obstiner sur ta page
c'est que t'as rien compris alors`
et je te merde grave
attends j'vais faire pipi
je reviens
voilà
donc
il est tard, enfin pas si tard que ça, ça dépend si t'as arrêté de fumer ou pas,
j'essaie ((encore))
et c'est le genre d'heure où la vérité apparaît à celui qui se lève tôt
j'ai encore gâché mes chances
ma chance,
te séduire,
te réduire
oui je bouzille
je m'en fous
rien n'a changé depuis le premier jour, la première note
on se connaissait pas
et tu me connaîtras pas plus demain
je viens j'arrête,
ça change rien
c'est le pied
je suis libre
la peste soit des autres
ils n'ont forcément rien compris
je suis forcément génial
je ne suis pas si mal
toi j'm'en balance
tu fais ta vie
je poursuis la mienne
ahaha
et pourquoi je me prendrais plus la tête ?
Une idée ?
Va mourir !
01:38 Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : je t'encule grave
17.08.2007
L'évidence
Faut bien s'y rendre, alors...
Dès lors que t'es affublé d'une môme en bas âge, la seconde partie des holidays in the sun n'est jamais très glamour. Pour la simple raison qu'il te faut exhiber ta descendance à ton ascendance ou quelque chose comme ça une fois dans l'année et que, curieusement, ça tombe en général à ce moment-là. Bon, y'a plein d'autres raisons, qu' j'ai pas l'coeur à lister là, tout de go, rapport au jetlag persistant, qui font que tu blêmis tu pâlis mais tu bronzis pas aussi facilement en aout que c'était potentiellement possible mais tu m'en voudras pas si je recule, c'est pour mieux me faire sauter plus tard.
Alors comme chaque année, son lot de découvertes incroyables, mais p'tain comment j'avais pas réalisé ça AVANT ? C'est tout moi, ça, hein. Quel crétin... Mais laisse moi te narrer... Cette année, j'ai percé le secret de ma caboche trouée. D'importance, non ? J'm'ai rendu compte que mon absence de mémoire est entièrement comprise à l'intérieur du concept "débarrasse-moi de ce truc" et son corollaire "et qu'ça saute" ou encore "plus vite que ça".
Ma délicate Moitié fit la moitié du boulot avec la remarque suivante, "j'm'étais jamais rendu compte à quel point t'étais attaché à ta mother". Ah tiens, dis-je, moi ? l'air ahuri de qui n'en savait trop rien. Et pourtant... Mais non, mais non, réfléchis un brin, c'est de la trouille fiston, c'est l'autre, là, le Disparu, qui m'a refilé cette mother, en rien j'y suis attaché, c'est elle qui m'attache, l'Envahissante, au point que j'ose même pas dire rien du tout en sa présence. Illusion d'optique, donc, le bon fils est juste une brebis égarée en régression annuelle au soleil du Midi, version Notre Dame tu te la Gardes j'en veux point merci
Ah, la gueule réjouie de mon psy quand je lui racontais, c'était y'a longtemps longtemps, ce rêve où d'énormes baleines grises descendaient en flottant sous une coupole genre Saint Pierre de Rome, au fond de laquelle j'étais tapi dans l'angoisse de me les recevoir sur la gueule et lui, tout rosissant d'audace à l'association inespérée : bon sang mais c'est bien sûr, sous la coupe-ole d'une grosse baleine, ça vous fait penser à quoi le concept Grosse Baleine, et le prénom de votre grand père, c'était bien quoi déjà, hin, dites, et sur cette Pierre tu construiras n'importe quel délire ahaha, le tout emballé valait bien ses deux cent balles de l'époque, mais en euros aussi, finalement, vu que ça, j'm'en souviens encore.
Dont acte.
Reprenons
La légèreté ayant disparu de cette page, il me faut bien revenir sur les lieux du crime après avoir laissé refroidir la sauce une nuit et un jour, pas moins, ne serait-ce que pour m'emberlificoter encore davantage, mais c'est quoi ce disque encore, où t'as trouvé ça, mon pauvre... Donc, oui, comment tu t'en étais pas rendu compte AVANT ? J'me retrouvais donc tassé à papoter avec une de mes nombreuses sisters et Moitié, une de ces conversations d'été, légère légère où d'un coup on resuce toutes ces horreurs d'enfance et tu te souviens comme j'aimais pas qu'on m'embrasse, pouah, ah ouais et pis quand Elle disait que et d'ailleurs t'as remarqué comme elle continue de dire que...
ça doit être le soleil qui nous fait ça. ça nous presse le mou, ça nous oppresse de partout. Et donc, tiens, d'un coup ça me revient, j'y dis, à sister, encore ce matin elle me disait qu'elle avait commis ce crime, là, tu sais d'quoi j'parle, tu y crois toi, non mais, j'y ai répondu du tac au tac, ah ça m'gonfle à la fin de quoi, t'as bien fait non, laisse le mourir, le crime, ou la victime, qui donc, le criminel alors, y s'rait temps et pis la litanie d'insultes qui me monte aux lèvres, la bave et la morsure toute prête, halte-là fiston, tu t'emballes, mais non mais non, réfrène pas, c'est bien ça, ça réchauffe le sang
Faudra bien que ça sorte, disait le Disparu et c'est peut-être bin ses derniers mots
oh et puis je t'emmerde si t'as pas envie de suivre mes divagations linéaires, tu changes de bled, l'ami, lâche-moi la grappe
oui, oui, encore la litanie d'insultes... c'est bien, on progresse on progresse, j'ai fait pipi au lit très tard, docteur, Allah sait si ça va pas me reprendre, tiens, juste pour la peine, j'y disais quoi, oui, c'est l'étincelle de l'instant où tu te distancies et aperçois l'écume de cette bave qui ourle la commissure de tes lèvres, mais non c'est la chaleur qui te sèche la langue, quoi d'autre, et d'ailleurs pourquoi t'es raide comme un piquet à la terrasse de ce rade, en rade, l'espace d'un instant, se voir d'au-dessus, à côté, à côté de cette pierre où tu déposeras tes délires, mon fils, yalla, un gros poisson, tu dis, non, j'dis rien.
D'un coup, j'm'arrête, là, j'incarne mon présent, l'instant de ma parfaite domination et zou y'a plus de présent, mais là j'dis qu'c'est la vieillesse qui te pend au nez. Bagnoles qui passent, goutte au blase, parfait abruti, hébétude, keski m'a pris de brailler comme ça... Ouvrir le goufre où tout ça s'engouffre... Question lucidité, non, pas déconner. Pisqu'y'a plus de passé non plus, plus de mémoire, envolés avec le présent, tiens. Alors pourquoi j'm'énerve, sans vouloir donner de leçon à personne, bin justement voilà, j'me débarrasse. Tellement marre de cette incarnation de la souffrance, de la narration, rémanente, hin, ça doit être ça, j'en oublie le contenu de quoi d'ailleurs, juste pour dire oublie moi tout ça, et fissa basta, elle dit j'ai rien dit, j'ajoute, vraiment rin de rin de rin du tout et c'est tout
rin du tout, mon fils, un mot comme ça, en l'air, c'est retombé où alors
Re-reprenons
Faut qu'je r'trouve mes esprits... un peu de musique, donc. Vouaaala

Ah j'adore trop ! Euh les enfants, arrêtez de faire du bruit dans vot' chambre ahaha, bon il y a bien une conclusion philosophique à tout ça, s'y efforcer pour continuer à prétendre qu'on est bien sur un blogue, un vrai, qui tient la route ahaha, j'y disais donc que...
Comment t'a pu ne pas t'en rendre compte AVANT ? Ouai d'accord ça c'est le comble de la mauvaise foi, c'est quand même évident que l'invisible est sous ton nez, sinon on dirait pas que c'est inconscient, hého, on me la fait pas, votre honneur, passons à la suite please
non là vraiment j'vois pas
00:15 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : ah aha ha !
25.07.2007
Nouvelles du front
Je suis surpris. Très très surpris. Un expert auto-proclamé m’a raconté ce matin qu’en ce qui concerne les cadres, « on est pratiquement au plein emploi et ce, depuis dix ans au moins ». Son collègue plus jeune nuance : « oui, mais il y a quand même eu un tassement en… tiens, j’m’en souviens plus ! ». « Oui, bon d’accord. Mais globalement, on est au plein emploi. »
Alors là, moi ça me troue le cul. Non c’est vrai, depuis les années qu’on me bassine avec le chômage, que moi même j’en souffre, à la recherche de la sécurité et du salaire sans la peur, je croyais que la situation était proche de la catastrophe. Que des millions de crève-la-faim potentiels battaient du pied devant la porte en attendant leur tour. Et que je n’avais finalement qu’à bien me tenir, si je voulais DURER dans ce fichtoir d’entreprise.
Hé ben pas du tout. Certains, du haut de leur immeuble discret, nichés dans leur salle de réunion où une mûlatresse sexy apporte café et croissants, ne voient pas tout à fait le même paysage que le commun des mortels vissé sur TF One. Vu de leur nid d’aigle, ce sont les entreprises qui souffrent à la recherche de l’oiseau rare. Des nœuds et des tensions apparaissent en raison de l’atonie du marché des compétences. On a beau publier des annonces, pas le moindre volatile extraordinaire qui se pointe. Alors on se tourne vers les chasseurs de têtes, même pour attraper des vendeurs de chez MacDo. Oui, voilà où on en est, mon bon monsieur.
Ah ben ça alors. On nous aurait menti ? Faudra que je me renseigne. Mais j’attends toujours qu’on chasse ma tête, moi…
14:39 Publié dans J'm'en fous | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : conneries etc
21.07.2007
Note sans titre parce qu'au moment de la mettre en ligne j'ai carrément autre chose en tête alors voilà
Il y a des blogues qui te tourneboulent. D’autres qui te turlupinent. D’autres enfin qui te font rien du tout. Je fais partie de ceux-là, comme la majorité. Mais ça me va bien, ça me convient, j’ai pas de prétentions ou plutôt, tellement énormes que j’y pense pas vraiment ou plutôt pas tout le temps ce qui me laisse des parenthèses. Ainsi, je peux être le spectateur intermittent de cet effort sans me prendre la tête quand ça ne marche pas, c’est-à-dire tout le temps.
Mais toi ?
J’ai reçu récemment ce mail d’une demoiselle qui annonçait la fin de son propre blogue (oui, le suicide est si courant parmi nous auteurs lecteurs) en citant sur sa page un extrait de la mienne et disant qu’elle était « jalouse jalouse jalouse » mais qu’au fond elle ne savait pas de quoi. Evidemment, mon ego n’a fait qu’un bond, comme quand cette fille m’avait dit un jour, au détour d’une soirée, « journaliste ? Quel métier dangereuuuuuuux ! » A l’époque, en guise de balles perdues dans la jungle népalaise, je me coltinais surtout l’angoissante question de finir le mois sans quitter la rive droite. Mais, pour cette parole, je lui aurais volontiers sauté dessus, à la greluche, charmante au demeurant mais pas avantagée par une déformation de la machoire. Allah n’est pas si grand qu’il en a l’air ou alors dans une dimension cachée.
Donc ce mail, j’y ai répondu, à ladite, en y disant qu’elle avait bin tort, que c’était pas la peine de se refuser de se faire plaisir, à défaut d’être intéressant pour les autres, et que la jalousie ça tenait pas debout vu que tout le monde est jaloux de tout le monde et qu’on est forcément le crétin de tous les autres, vu qu’on se bouscule dans le métro et que je vois pas pourquoi d’un coup, s’y avait marqué Sam sur ma gueule, les gens se mettraient à pas prendre mes pieds pour des boulevards, comme dit Gaminette quand on lui marche dessus (ce qui arrive, vu qu’elle est encore minuscule et que y’a des crétins des autres, c’est-à-dire peut-être bien toi, toi et toi encore, ou moi, allez, qui faisez pas attention où vous mettez les pieds. Heureusement qu’elle a la langue bien pendue.)
Elle m’a répondu que c’était irrévocable pasqu’à force de se prendre la tête pour écrire, elle avait certes trouvé la solution pour torcher des notes bien torchées, mais que finalement tout ça L’ENNUYAIT et qu’en plus trop de gens qu’elles connaissaient lisaient par dessus son épaule et que ça, vraiment, non, y’a un moment faut arrêter, ça devient malsain.
Je pense qu’on est nombreux à se trouver dans la même situation. C’est pas lolant tous les jours, mais on a tous commis l’erreur de confier un jour comme un secret à un proche, tiens, va donc lire mon blogue j’y cause de moi, c’est ‘golo. Si c’est pas une preuve d’amour… Oui, juste assez pour être toujours blessé ensuite, soit par l’indifférence dudit proche qui te fait pas l’honneur d’un commentaire (non mais ho, déjà que tu m’infliges tes preuves d’amour, j’vais pas en plus me mêler à ton groupuscule virtuel), soit par l’angoisse du commentaire qui pourrait venir à la lecture d’une note un tant soit peu trop honnête pour être acceptable par l’intime extimé (enfoiré, je te hais). Le résultat s’appelle de l’autocensure. Et ma malheureuse page en souffre, hallucinant comme j’en souffre. Merde. Mais je vais te dire pourquoi c’est dans l’ordre des choses.
Dans le cas de ce malheureux Sam, l’autocensure a tourné de curieuse façon. Car moi qui ne dit jamais rien sauf des mots, bien sûr, j’use de la métaphore (ma vie doit d’ailleurs être la métaphore de quelque chose, sinon c’est pas possible autrement) pour exprimer mes dédales intérieurs. Autrement dit, au lieu de toucher avec talent des questions essentielles, comme Alméria, Désordonnée, Kinishao ou n’importe qui dont le nom commence par Folie et finit par Privée (tiens d’ailleurs elle aussi a annoncé sa fermeture virtuelle, mais là j’y suis tellement pour rien, hé, elle est venue une fois ici et pffffuiiit, jamais plus, normal quoi), moi, mes histoires finissent toujours par tourner autour de ce continent pâle qu’on appelle le boulot ou le quotidien ou l’ennui ou le rien du tout qui remplit tes journées pour qu’elles se ressemblent entre elles. Bin ouais, y’en a qui font de la différence, moi je donne dans l’extrême ressemblance. Franchement pas le truc intéressant, je sais, mais je te l’ai dit au début, je tourneboule rien, je turlupine personne, je suis la majorité silencieuse qui ferait mieux de le rester, sauf qu’elle résiste pas à la tentation de l’ouvrir, mais c’est uniquement la faute à la technologie et au désir idiot d’envoyer des preuves d’amour à qui n’en veut mais.
Ainsi donc, souviens-toi comme autrefois je débinais à plaisir mes petits camarades d’ennui salarié. Et du jour au lendemain, plus rien. Subitement calmé, le Sam ? Overdose de xanax, indigestion de lexomil ? Non. Piégé par son blogue. Comme par un ironique détour de l’histoire. Par le plus grand des hasards, j’ai un jour découvert le blogue d’un ancien patron et collègue qui racontait le versant intime de son existence. C’était le genre de blogue qui tourneboule. J’ai donc pas résisté à la tentation de lui faire savoir que je l’étais, tourneboulé, au point de m’avancer pour la première fois à visage découvert, avec lien http deux points slash slash. Quelques mois plus tard, l’immarcescible quête de la sécurité, qui faisait l’objet des débuts de ma glose et de mon impeccable rage à l’égard de collègues dont je n’ai toujours pas grand chose à foutre, a, tu le sais, finalement trouvé son terme dans un emploi acceptable, un salaire correct et des tickets restaurants d’un montant véridique de trois euros (si t’as déjà vu ça dans une boîte, tu m’écris, hein, c’est trop lolant). Ce que tu ne sais pas, c’est que celui qui m’a offert ce pont d’or vers le pavillon de banlieue n’est autre que ce blogueur, patron, collègue, mais pas tout à fait ami — eh oui, les preuves d’amour n’en sont que pour toi — qui m’avait tourneboulé une fois de trop. L’histoire est jolie, mais perverse. Car ce membre éminent de mon réseau professionnel a arrêté son blogue depuis longtemps, parvenu à sa conclusion logique et si tellement pas dénuée de sens qu’il avait pas de raison de continuer au-delà. Et moi, maso que je suis, toujours prêt à m’exposer un peu plus au regard, l’air de pas y toucher, je me suis surtout aperçu avec le temps qu’il m’était de plus en plus impossible d’arrêter cette loghorrée qui n’a ni sens ni but ultime de révélation de vérité. Je cherche encore pourquoi d’ailleurs. Mais j’ai aujourd’hui toute la liberté de le faire sous le regard potentiel de mon chef direct, un regard, s’il s’y trouve, que je suppose bienveillant, mais quand même, t’avoueras que c’est lourd. Tu sais comme moi qu’on n’est jamais aussi libre que dans le secret… mais qu’aussi à quoi ça sert d’être soi si personne ne le sait. Bref, lol.
Ça en fait des obstacles pour rester l’insincère parfaitement sincère que je suis de nature. Et s’il n’y avait que ça… Au point où j’en suis, je peux bien continuer à te raconter les horreurs que ce blogue m’inspire parfois. Mais non, non, ça n’est pas la peine… Je préfère garder pour moi ce dernier remords. Je suis finalement loin d’avoir encore atteint le bout de mon exhibitionnisme pour moi tout seul. Très très loin… lol
PS à mon patron vénéré : trois euros, c’est vraiment indécent.
PS à tous les autres : cette note s’autodétruira avant le retour de vacances de mon boss vénéré. Quoique j’en suis même pas sûr.
00:50 Publié dans Au secours | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : cette fois, on y est presque !
19.07.2007
ah p'tain j'ai perdu mon ipod...
Mais qu'est-ce que je vais devenir sans lui ? ça me va bien, tiens, de donner des leçons de rangitude à ma compagne bien-aimée.. Elle qui perd toujours ses clés et ne sait jamais où se cache son agenda... Et moi, fermement ancré dans cette réalité malveillante, disposant de mon arsenal de recettes pratiques pour ne jamais rien perdre, c'est simple, tu n'as qu'à faire toujours PAREIL. Accomplir exactement le même geste au moment de franchir la porte, dans un sens ou dans l'autre. Bref, deviens un homme mon fils. Sois con. Machinal. Dénué de questions mais surdoué en orientation et non perdage de repères...
Evidemment, c'est juste pour la frime tout ça. Je paume jamais rien, moi, ou presque. Mais toujours au bon moment, ce qui est une autre forme de happening artistique. 600 euros pour ouvrir la porte la dernière fois. Appel en urgence, un type barbu, blindé de clés, muni d'un téléphone portable dans une main et d'un autre dans l'oreille, d'une mallette à outils pilotée par ordinateur, d'un camion rouge... bref tout droit sorti d'un film des frères Coen. Je me suis dit qu'on pouvait lui faire confiance, équipé comme ça. Il allait ouvrir la porte en douceur, rien qu'en la regardant avec ses poils de barbe. Mais non. Il a pris son grand pied de biche et défoncé la toquante sans le moindre état d'âme. "vous voulez que je vous la remplace ?" Mais non, laissez la donc grande ouverte, c'est très joli comme ça.
Heureusement, les assurances sont là. Ces bons messieurs aux voix d'hôtesses de l'air qui compensent tes bobos existentiels avec de petites sommes à appliquer doucement. Mais là, pour l'ipod... Pas la moindre chance que je les convainque que c'est le Malin lui-même qui s'en est mêlé. J'avais beau pester contre cette machine imbécile qui plantait toutes les cinq minutes, j'avais fini par m'y attacher. Forcément, Popod remplaçait un affreux lecteur de marque japonaise que j'avais harakirisé en l'arrachant brutalement de sa sucette USB. Le Japonais succédait, lui, à un modèle identique largué quelque part en rase campagne du côté du jardin des Plantes. Sait-on jamais s'il a repoussé...
Je sais, je sais... Je me dis la même chose que toi, mais pourquoi il nous gave, çui-là, avec ses histoires connes, en espérant nous faire passer ça pour une métaphore existentielle... tu vois, genre j'ai tout compris mais y'a rien à faire contre la mystérieuse circulation des objets, disparition et retour, la perte, l'énigmatique survivance du souvenir, où t'as mis le chéquier et qui suis-je donc, moi, si ce n'est ces prolongements matériels perdus dans le virtuel de l'inconcret... A moins qu'il s'agisse de dénoncer les arnaques aux assurances... Ou de parler de moi, tiens tiens oui, c'est ça, mais non.
Hé bin tu te trompes. J'essaie simplement d'amorcer la pompe à Phynances de mon écriturage professionnel. Pour payer rubis sur l'ongle mes factures d'assurances faut que je ponde fissa ces 5000 caractères que personne ne lira jamais (heureusement, comme ça je pourrai faire une merde yéééé). Bordel de merde, bientôt quinze jours que je glande sur ce papier tout pourri. Je sais même plus de quoi ça parle tellement j'y ai pas fait attention. Et ça devient douloureux... Chaque jour s'alourdit de ce poids... Et moi, j'ai pas de solutions, à part écrire n'importe quoi, t'sé, des fois ça marche, d'un coup hop, c'est parti, emballé, pesé, ni vu ni connu j't'embrouille, super ton papier coco, baissage modeste des yeux, oh tu sais, moi... sale con, bouffe la ta prose et qu'on en parle plus.
Mais là, là... j'ai l'impression d'avoir tout perdu... mon fichier, mon texte, mon disque dur effacé par erreur il y a un mois, et puis mon inspiration, mon popode... mon chat peut-être ? Non non, ça suffit !
17:15 Publié dans Le corridor de l'ennui | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : ouhla !
27.06.2007
Pauvre milliardaire
Elle m'a touché, cette gonzesse. Enfin, touché, j'm'entends... Mais quelque chose de cet ordre là malgré tout. Elle était flanquée de ses deux chiens savants, attachés de presse mâle et femelle, au look décoratif et à l'intervention pertinente, du style "comme le dit madame..." "comme le souligne Madame..." "comme Madame a le bonheur de le penser...". Et elle, dodelinant de la tête pour leur montrer sa satisfaction, comme un susucre offert d'un bout à l'autre de la table noire, on se mélange pas. Normal, ces jeunes diplômés qui apprennent la vie à sa meilleure source, faut les encourager mais à la diistance du respect dû.
Madame incarne l'exemple
Elle est blonde platine manucurée et bien conservée, deux ou trois mille euros de fringues sur elle hors bijoux, pilote d'avion à ses heures et golfeuse passionnée. Elle vit dans ce pays de montagne que le monde entier nous envie en raison de ses avantages fiscaux et son climat hypersain. De son nid d'aigle, elle a le regard acéré des émigrés sur les aléas de notre morne plaine, mais comment vous faites pour vivre dans ce régime de semi liberté, où l'administration met son nez partout et où vous n'avez rien le droit de faire. Des fois on se le demande.
Madame a du bon sens
Mais on était pas là pour parler de ses hobbies. En fait, je sais même pas pourquoi on était là. Le rendez-vous avait été fixé par quelqu'un d'autre, je savais même pas à qui j'avais affaire. Et quand je suis entré dans la salle de réunion, mon collègue entremetteur en a profité pour s'évader, genre j'ai fini, je vous laisse entre les mains de comment y s'appelle déjà, ah oui, Sam c'est ça. Enfoiré de ta race, ce coup-là tu me le feras pas deux fois. Mais comme je suis poli et nul en interview, je laisse filer, parler et je demande en prenant l'air intelligent "au fait vous faites quoi dans la vie" ?
Madame aide le monde
Elle a plein de projets généreux pour l'édification de l'humanité, la réparation de notre gent abîmée et l'exemplarité d'elle-même. Mais tu vois, j'ai l'air de dire comme ça, mais oui, c'est vrai, elle m'a touché malgré tout ça, la gonzesse. Voilà, en fait je commence ma note ici, le reste t'as qu'à considérer que c'est une intro hors propos.
Madame se bat contre la mort
C'est pas rien, tout de même. Quand tu lui demandes pourquoi elle aide le monde au lieu de jouer au golf, elle te dit pas que c'est pour le bien de l'humanité. ça, ça vient après, quand il faut trouver un argument plus politiquement correct pour mon maigre cerveau de journaleux. Le premier truc c'est quand même cette histoire de mort. En une demi heure, elle a du caser le mot vingt cinq fois. "J'ai pas d'enfant", "mon mari est mort", "je veux laisser une trace", "je veux laisser mon nom"...
Brrrr
d'un coup, t'as l'impression de parler avec une pierre tombale en érection. Son dossier de presse, thuriféraire de son action, émaillé de ses citations, tout à la gloire de ses belles oeuvres, ressemble à un post mortem dédicacé. Il n'y a place que pour elle, bien sûr. Mais qu'est-ce qu'elle se trimballe, la malheureuse...
Alors, bref, j'suis bourré là, j'ai du mal à aligner ma pensée, peu importe, mais donc, elle m'a touchée, tu vois, d'abord parce que je suis un crétin que la fréquentation des grands de ce monde, de ces gens truffés de pognon et qui en plus te disent en souriant, attendez, je vais vous choquer là, mais tous mes copains ne savent pas que faire de leur argent vous savez, alors qu'on a des devoirs vis à vis de la fortune, combien de fortunes j'ai vu gaspillée en deux trois ferrarri, hein, moi je veux faire autre chose, et puis je peux pas m'en empêcher, c'est dans ma nature, j'ai besoin d'entreprendre, l'argent va à l'argent, c'est vrai, c'est pas moi qui l'aime, c'est lui qui vient dans mes poches, toi t'es là, impressionné malgré tout, pasque bon, t'auras jamais le millième de son pognon et quand même tu te dis que ouais, ça fait une différence, à quoi elle ressemble exactement, cette poupée sans âge, on diraiit une sorte de clone d'elle-même, à force de maquillage et de soins de luxe machin.
Et donc - je suis toujours bourré, ça s'arrange pas, une autre stp - cette putain d'obsession morbide qui sue à travers tout ce qu'elle raconte, c'est vrai que ça sonne un peu faux pasqu'elle le met tellement en avant que tu finis par te dire que ça doit faire partie de son argumentaire, mais quel est le singe savant qui a eu une idée aussi stupide, mais non, elle domine suffisamment la situation pour être sincère en plus, mais alors tout ça, d'un coup, bin... comment te dire...
ça paraît bin triste
lol
bon, faut que j'trouve un truc à picoler, là, une urgence...
22:40 Publié dans Au secours | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : qque chose comme ça
19.06.2007
Un toit sous les nuages
Il y avait ce vieux type édenté. Les cheveux longs filasses et l’expression christique du gusse qu’est jamais redescendu de son trip. Il avait dû être français dans une autre vie, il baragouinait quelques mots en essayant de communiquer avec moi. Mais c’était difficile de savoir si c’était parce qu’il ne le parlait pas bien ou parce qu’il avait oublié.
Ce devait être du côté d’Elephant and Castle, l’Infante de Castille retrouvée morte sur la rive droite de la Tamise. La maison en briques ocre rescapée du blitz était cernée par une autoroute urbaine sans trottoir. Lors de ma seconde visite, le vieux type m’a tendu un numéro de Libertaire, le journal de la fédération anarchiste en VO. J’y ai dit merci. Celui que je devais rencontrer était là. Il s’appelait Pete, marchait en tongs et portait sur l’épaule un sac à dos jaune. Il était d’origine polonaise et ne mettait jamais les pieds dans le centre ville. On s’est rapidement mis d’accord et donné rendez-vous pour le lendemain. Je suis retourné au travail.
Le lendemain, il faisait gris. Le quartier puait la pluie de la nuit. Pete m’attendait sur le terre plein au milieu de l’avenue. Passé l’enthousiasme de la première rencontre, je me sentais timide avec lui. Il m’a montré les maisons. De beaux pavillons en briques, avec des clochetons et des encoignures de terrasse à tous les étages. Mince de palace, j’m’ai dit, je cherchais un squatt et si ça se trouve, on emménage dans une seigneurie. En tout ças, ça pouvait faire l’affaire. On s’est approchés de la porte. Pete a dégainé son tournevis et en un tournemain la serrure était dans sa poche. A l’intérieur, la moquette était verte. Il y avait trois étages et un pigeon mort dans la salle de bains en ruines. On a erré dans les pièces un moment, fumé une clope assis contre le mur sur la moquette verte.
Puis on a compté le nombre de vitres cassées et on s’est dit que c’était trop grand pour nous avec tous ces courants d’air. On s’est donné rendez-vous le lendemain après-midi dans le sud de la ville. En partant, Pete a remis la serrure sur la porte.
Il était avec un copain à lui, Sham, un beau brun sympathique, l’œil vif et le poil brillant. Entre les deux, je me sentais encore plus timide. On avait pourtant le même âge et c’était moi le plus exotique des trois. Mais non, j’avais l’impression du contraire, engoncé que j’étais avec mon boulot de grouillot de luxe qui commençait quand eux s’en allaient faire la fête. On a bu notre thé au lait en boulottant un fish and chips. J’étais quand même là pour le folklore. Le dépaysement et l’aventure. Et aussi parce que j’avais lâché mes brillantes études où je me sentais tellement perdu qu’ici c’était comme chez moi. Au téléphone, à la gare de Cannon Street, mon papa m’avait demandé : « tu vas rentrer pour les exams ? » J’ai juste dit non et c’en était fini de ce calvaire. On a été voir les maisons.
La place ressemblait à un haras, avec un immense terre-plein au milieu, des barrières blanches tout autour et des maisons briquées qu’on aurait dit vêtues de socquettes blanches elles aussi. Amelia place, ça s’appelait. Le nom nous plaisait. Pete dit que c’était une bonne raison de vivre ici. On a repéré les lieux, la troisième fenêtre à droite, premier étage. Et on s’est donné rendez-vous à la nuit. Après le boulot.
On est d’abord passé chez Sham où on a picolé en jouant Nice’n’Sleazy des Stranglers sur une basse débranchée. J’avais mon appareil photo et je leur ai tiré le portrait. Pete m’a clicheté sur le balcon et c’était la seule photo ratée de la soirée, j’avais les yeux fermés. On s’est mis en route pour Amelia place. Pas un chat dans la rue, pas un signe de vie à la troisième fenêtre à droite. J’ai fait la courte échelle à Pete. En bas, avec Sham, on sifflotait le nez en l’air. Et puis soudain, Pete a fait un vol plané par la fenêtre, atterri entre nous et il est parti à toutes jambes comme s’il était poursuivi par un petit pois enragé. On l’a rattrapé au coin du haras, essoufflé. Il a dit qu’il y avait des chaussures bien alignées devant le canapé. Ta faute, Sham, t’as même pas fait gaffe que des gens vivaient là. J’suis rentré chez moi par le bus de nuit.
Deux jours plus tard, Pete a franchi la frontière du centre ville où je bossais. On s’est retrouvés dans un pub. Je lisais un roman de K. Dick, Au bout du labyrinthe, où les personnages envoient des prières à Dieu avec un émetteur surpuissant. Pete était avec Sham et une gonzesse mamma mia, qu’elle était belle, j’en ai avalé un balai de travers et spammé l’émetteur divin. Deux trois bières plus tard ça allait mieux. Pete et Sham n’ont pas fait mine de s’apercevoir de rien. Ils avaient déniché la piaule idéale. Ils étaient certains qu’elle était vide. Les volets étaient cloués de planches. Le quartier était tranquille. Il y avait juste un hic, c’était derrière le commissariat du quartier. Mais en faisant gaffe…
On est passé chez Sham pour emmener les affaires de Pete. Il était complètement barré, persuadé qu’il serait chez lui le lendemain. Fallait tout emporter, la basse, les boîtes de bière, son édredon, une raquette de tennis, son nécessaire de maquillage. Pete jouait comme clown dans les bars et se baladait avec un coquard depuis la veille, suite à une bagarre avec un patron indélicat. On a mis tout son barda dans une couverture de Pier 1 import et transporté le tout, chacun portant un coin de la couverture.
La rue était vraiment tranquille. On a planqué la couverture, la raquette et la basse sous une bagnole. Pete a commencé à travailler la serrure. Mais elle résistait. Alors je lui ai fait la courte échelle et il a escaladé jusqu’au premier et arraché les clous d’une planche. C’est alors qu’un voisin a mis le nez à sa fenêtre.
- Qu’est-ce que vous foutez ?
- Rien du tout, sir, on s’balade…
Pete avait disparu à l’intérieur de la maison.
- Vous essayez pas de squatter la maison par hasard ?
- Nous, m’sieu ? ah non c’est pas du tout notre genre, ça ! Pas vrai ?
- Non parce que si vous essayez de squatter la maison, j’appelle la police…
- …
- Vous savez que le commissariat est juste derrière ?
- Ah, il y a un commissariat ici ?
- Oui, juste derrrière.
- Ah vraiment… Et il fait beau ce soir, non ?
- Vous êtes louches, les gars, filez sinon j’appelle la police.
- On a le droit de se balader, non ?
- Je suis sûr que vous essayez de squatter la maison. Il y a quelqu’un dedans, pas vrai ?
- Ah mais non, sir, y’a personne dedans…
On ne l’a pas convaincu. Il est rentré dans son terrier. On s’est barrés à toute blinde, Sham, la fille et moi.Pour se planquer derrière la voiture avec la couverture. La bagnole de police est passée devant nous. Ils ont parlementé un moment avec le voisin. Puis ils sont remontés et repartis à petites foulées. On a pas moufté. Sham a dit qu’il rentrait chez lui. J’ai regardé la fille. P’tain qu’elle était beeeeelle. J’ai dit, faut aller chercher Pete, non ? Si ça se trouve il a rien entendu, occupé qu’il est à compter les courants d’air. Sham a dit, nan, y va se démerder. J’ai dit j’y vais.
La rue était toujours aussi tranquille. Le voisin fumait sa clope à la fenêtre. Pete, pete, j’ai appelé, casse-toi de là vite fait, la police est barrée. Mais y vont revenir.
- Ah, il y avait bien quelqu’un à l’intérieur, a dit le voisin.
J’ai pas relevé.
- J’en étais sûr. Tout le monde essaie de squatter cette maison. Mais il y a la police juste derrière.
- P’tain Pete, tire-toi de là ! On se retrouve chez Sham !
Et merde, la bagnole de police était là, à l’entrée de la rue. J’me suis trissé vite fait de l’autre côté. La fille était là. Ô merveille, elle m’a pris par le bras et on a ralenti l’allure en emmanchant l’avenue éclairée en orange. On sentait comme le souffle de la police au ralenti sur nos nuques. La sienne était couverte de ses longs cheveux retenus en chignon épars, avec un mini chapeau dessus. S’ils nous attrapent, on dit qu’on se baladait et que t’es mon copain, elle a fait.
D’un coup, j’me suis senti vraiment bien.
Les flics se sont arrêtés à notre hauteur. Ils sont descendus de leur voiture et nous ont parlé très poliment. Puis ils nous ont pris chacun d’un côté pour nous poser les mêmes questions.
- Vous n’avez rien vu ?
- Non
- Vous faisiez quoi ?
- Ben j’me baladais avec ma copine
- Vous pouvez me dire si vous essayiez de squatter la maison. C’est pas un crime.
- Ah bon ? Mais non, j’me baladais avec ma copine.
- vous pouvez me parler…
- J’vous assure, j’étais avec ma copine, on se baladait… Vous trouvez pas qu’elle est magnifique ?
ça, ça m’a échappé, hein…
Les flics nous ont laissé tomber.
Je suis redescendu de mon nuage.
La fille et moi on est rentrés chez Sham. Pete a debarqué un moment après. On a récupéré la couverture le lendemain matin sous la bagnole. Et pis après, Pete a rencontré une américaine et il est parti à Chicago. C’est du moins ce qu’il m’a dit la dernière fois que je l’ai vu. La fille, je l’ai pas revue.
23:58 Publié dans Sam est mégalo et se raconte pour de vrai | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : ecriture, journal intime, journaux personnels, journalisme
11.06.2007
Perdu dans un banc de poissons
On était invités chez Mlle S, une fille qui a tout compris de la vie. Jeune, belle, intelligente et prof de fac, propriétaire d'un magnifique appartement. De ses fenêtres, au moins quatre monuments sous tes yeux. Oui, penche-toi un peu plus et tu verras la tour eiffel. Elle part bientôt en voyage pour un an en Union Soviétique, elle fait de la photo, du goût pour les belles choses, plein de potes. Sur les murs, les portraits de ses arrières-grands parents, commerçants de la mer Noire. Portraits sépias aux poses surannées. Une famille, une lignée, des racines. Eh oui, tout ça chez soi ? Et une bonne table en prime. Les petits plats dans les grands. Contente-toi d'apporter à boire, S s'occupe magnifiquement du reste.
Il est 16H33, j’ finis la journée et c’est tout c’que j’trouve à te raconter, mon bal du samedi soir… M'enfin, t'as l'habitude de mes petites défaites quotidiennes, alors... Donc, je me sentais mal foutu, comme d’hab en ce moment. Un jeune moujik nous entreprend (pas un nous de majesté, mais un collectif) au bord de la voie du transsibérien menant de la tour eiffel (au fond à droite) au buffet dressé d’une pyramide de bouteilles (au milieu) : « tu sais ce que t’aimes, toi ? Et ce que t’aimes pas ? » C’est pour un sondage ? Une affectation de paumitude pour engager de passionnantes converses. Davaï tovariche, nous peut-être apprendre quelque chose ? Dépasser limites politiquement korrekt ? Karacho ! « Oui, moi, j’aime le théâtre, la musique, danser et les voyages. J’te l’dis dans l’désordre. » « Mais qu’est-ce qui t’empêche de réaliser quoi ? » « Ah, bin, tu me donnerais plein de fric j’aurais plus de temps », qu’elle répond Chérie, toujours pragmatique. Pour relancer, moi j’y dis quand même que le fric c’est pas tout (quelle connerie, je sais, mais faut bien dire quelque chose c’est-à-dire fermer les yeux et laisser tout passer) et que j’aime bin aussi le thé à la menthe. Bon, perso, je suis aussi drôlement emmerdé par l’inconstance, pour ne pas dire l’inconsistance de mes désirs. Un peu comme notre interlocuteur, mais en moins doué, parce que lui finalement se sert de ça pour créer du lien social, alors que moi ça aurait plutôt tendance à me faire fuir les miroirs éventuels. Plus tard dans la soirée, B. déflore le sujet de son prochain roman. J’te l’dis là pasqu’y a un lien. L’histoire d’un père qui écrit à son fils pour lui expliquer le désastre de sa vie : ce malheureux avait construit sa vie autour d’un désir unique, celui de l’enfant. Et voilà que lorsque ce désir se réalise, sa vie s’effondre. Je te dois bien quelques explications, fiston…
Bref, on reste dans le droit fil de cogitations profondes. Finalement, les soirées, c’est une tentative à plusieurs pour comprendre le sens de l’existence, une sorte de soviet suprême du comité central du regardage de nombril pour voir si l’existence se trouve dans celui des autres. Bien qu’intéressé à nouer des relations fondées sur le principe du jeu de la vérité la plus conne, le clampin à l’hypersubjectivité tournée vers l’angoisse du moi nous lâche assez rapidement dès que les invités se mettent à dégorger de l’ascenseur à flots continus. S s’obstine à passer du tango pour mettre l’ambiance. Je me faufile pour un lancer de salsa. Tant qu’à rester sur le mode soviétique, qu’au moins ça bouge un peu. Et je commence à m’irriguer sec, luttant contre la sécheresse de ma pensée et de mon corps affaibli. C’est mon côté moujik. Pas question de rester à plusieurs dans la même pièce sans assécher toute la vodka à dix verstes à la ronde. Mais c’est aussi la nature profonde du drame que je traverse dans la solitude de la sono et du brouhaha des conversations… Au fond, je m’emmerde. Je ne sais pas pourquoi je suis là. S n’est pas vraiment une amie. Je ne connais quasi personne dans cette soirée. Je me fiche des grandes leçons sur l’existence et la nature du désir, de savoir si je voyage en train ou à pied vers la destination finale, si l’argent fait le bonheur ou si la pluie sera pour demain. Mais alors, que veux-tu ? Bah, j’en sais rien… Boire, peut-être. C’est facile, et alors ? Et puis c’est comme ça. La joie du raout se transforme toujours en sourdine triste, quelque part au fond de moi. Un accord dissonnant, si tu veux, mais continu.
Et pis j’aime bien sentir les vapeurs monter jusqu’aux tempes, redécouvrir les joies de la flottaison au hasard des courants marins, fétu sur l’océan des vagues de fumée, un parmi le banc de poissons. Tiens, pas de joints ici, l’intelligentsia n’est pas accro à sa propre parano. On respecte le plaisir.
Boire et reluquer, aussi : les gonzesses sont jolies. Ach, je ne suis pas célibataire, tout ça reste purement esthétique. Mais je remarque quand même la brunette aux seins pointus avec des sandalettes à fleurs, mythe lolita de sortie le samedi. L’autre, là, c’est plutôt veuve noire : pas mal aussi, dans le genre charbonneux. Celle-là, c’est plutôt femelle au foyer, le visage large et la bouche carnassière, jamais à plus de deux minutes-lumière de son compagnon. Une vieille belle sans son vieux beau, blonde, provocante et ridée. Une intello couleur yaourt spécialiste de chanson française. S, qui virevolte, son plateau de quiches à la main. Le clampin contemplatif hésitatif sur la piste de danse. Celui-là, j’apprécie moyen son lâchage en vol comme si son attention passait sans retour à autre chose, redevenu un parfait étranger. A mon tour, je l’ignore superbement et personne ne s’en porte plus mal. Les mecs j’t’en cause pas, j’m’en fous.
Entre deux allers retours à l’oasis, je squatte un coin de fenêtre avec Chérie. Elle n’a pas besoin de se déplacer, elle (c’est une fille), c’est les autres qui gravitent autour. Sapée à la pirate, rouge noir, souriante et toujours avenante, sereine, quoi. Il y a F, l’alerte retraité, puis B, l’alerte prof de collège, qui sont là. On fait bande à part, en terrain de connaissances. Et c’est là que j’apprends que B a une copine. Ah ben tiens, bientôt un an qu’on se fréquente et qu’on l’a jamais vue, celle-là. Elle prend pas trop de place, dis. Surtout, ne jamais lui dire qu’elle est teutonne, prévient-il. Au contraire, insister sur sa maîtrise impeccable du français, son accent, sans doute d’orgine chilienne, non ? Au fait, qu’est-ce que tu aimes dans la vie ?
Tu veux qu’j’te dise, les teutonnes ahahha. Pourquoi elle se sent coupable de quoi, l’inconnue du Nord express ? Et c’est quoi ces conneries d’histoire d’accent… Tu trouves pas, toi, que ce borchtch est délicieux ? J’m’enfile mon 20e côtes du rhône. Ici, on fait peuple au vieux papes. Et sans joint, j’t’ai dit ?
Du côté de la Moskova, l’ambiance se déride timko-gromko, da da. Le premier ipod atterrit sur la platine et on entend enfin des basses surgir. J’entraîne Chérie en dépit de ses nan nan nan et des sarcasmes de l’alerte retraité qui se croit malin en ricanant sur l’agitation frénétique des nombrils sur des rythmes crétins. Mais moi, si tu veux (et si tu veux pas etc), comme je m’emmerde, y m’reste surtout la musique, même boum boum très con, pour renouer avec mon moi profond. Et j’adore ça. Tu l’aurais cru, toi, ce misérable avorton au physique malchanceux trépidant des tripes au moindre soubresaut d’infrabasse ? Dans le temps JAMAIS Corinne n’aurait réussi à me faire tester la moindre piste de tangage. Corinne, ohlala qu’est-ce que j’ai merdé, le jour où j’ai insisté que la ténébritude c’était le top plus enième de la séduction… Jamais tu me pardonneras ! D’ailleurs, l’oeillade qui n’est pas suivie d’acte, ça tourne à la décrépitude, regarde voir. Tu t’es pressée vers moi dans l’escalier de la sortie du lycéum, tu m’as soufflé ton haleine Hollywood pour me proposer rien moins que la botte : une boum (c’était y a longtemps…) chez toi, rien que toi et moi et à peine 350 autres. Et moi, l’absolu crétin, j’en ai eu le cœur au bord des lèvres, tu penses, la deuxième fois de ma vie qu’on m’invitait à une boum et la première y’avait que des mecs ahaha, on a failli se rouler des palots pour voir, nan, que des veaux j’te dis ! Mais c’est peut-être la présence de cet encombrant organe boum boum au bord de cet autre organe avaleur qui m‘a fait proférer la plus énorme connerie que j’étais occupé justement ce soir-là. Et que j’avais cours de mots croisés le lendemain. Et toi, Corinne, tu as caché ta douleur en disant ah bing tant pis, hé, une ôtre fois, pt’aing cong (oui, tu avais l’accent de La Cayolle, non pardon, La Batarelle, ahaha, et ce côté nature pour le laisser s’exprimer librement, pas comme ces teutonnes culpabilisées au susurrement afro chilien qu’en plus on voit jamais). Bref, j’ai loupé l’occase de ma vie, vu que c’était le dernier mois de terminale et que je suis donc le seul ex-lycéen de ce fichu planétarium (réduction chômeurs étudiants troisième âge) qui n’ait JAMAIS fréquenté la moindre boum digne de ce nom. Mes cuites et mes amours, je les ai confectionnés tout seul comme un grand, dans la steppe chaleureuse de la Sibérie inférieure sur les bords de la Mer Casse pieds.
A l’époque, une fiesta aurait été comme le centre du monde et de l’univers s’ouvrant juste pour moi, le métal des choses et rien d’autre, direct moscou sans escale et le paradis du toutim. Aujourd’hui, je suis juste là à tirer ma mélancolie en me gonflant le ventre au côtes du rhône. Ça manque de gueule. C’est moins drôle. Et ma vie s’est pas effondrée le jour où j’ai réalisé un désir quelconque, çui-là ou un autre. C’est te dire les conneries qu’on remplit avec un peu de métaphysique les soirs de déprime. Je n’attends plus grand chose de la réunion des nombrils. Mais au moins je danse… Rends toi compte. Rends toi bien compte de ça. La danse. La grâce céleste de cette terre. La musique qui s’incarne. L’oubli de soi dans la plus originelle forme d’expression. Fini le balai dans le trou d’balle. L’olive dans l’anus. La ténébrosité qui a failli faire craquer Corinne et s’est payé ma fiole tout le reste du temps. Aujourd’hui, je danse. La danse de l’ours polaire sur les premiers rayons de l’aube ! Le Sabat diabolique de l’hyperboréen au saut du loup ! Et je t’emmerde.
Ouai donc on s’est bien marré et ça m’a fait plein du bien à mon lumbago persistant. Du coup, Chérie m’a bien aimé tout le dimanche et on s’est engueulé juste une fois le soir quand je lui ai répliqué d’un ton sans réplique que c’était sans doute dans la cuisine à moins que ce soit le portefeuille. Non mais dis, fopadékoné. Nous les hyperboréens dansant sur les épaules du froid on est à la disposition de personne.
17:05 Publié dans Demain j'enlève le bas | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : ecriture, journal intime, sarkozy, segolene, encule de ta race, grosse bite
01.06.2007
227e : la lettre à Elise
Certaines paroles ont eu le don de me faire réfléchir et je ne vais pas me priver de t'en faire part vu que j'ai rien d'autre à faire. L'une d'entre elles fut prononcée par une amie, enfin plus qu'une amie à l'époque des faits. Un soir que j'étais chez elle, que nous avions fumé 35 pétards et descendu 28 tequilas, car nous venions de découvrir le sens de ce mot. La nuit tombait vite à moins que nos vues se soient brutalement obscurcies. Je ne sais plus sur quoi portait la conversation ni même si nous en avions une. Il faut dire qu'on partageait ensemble beaucoup de ces instants décourageants sans lesquels la vie pourrait presque mériter son surnom islandais de camaïeu couleur fauve sur une lagune vénitienne.
Bref, elle balance soudain s'adressant peut-être à la photo du mec à côté de la bagnole rouge sur l'étagère :
- Moi globalement, j'aime pas vivre.
Si tu peux t'imaginer ce que c'est d'être un veau, eh bien ce devait être moi à cette lointaine - et pourtant si proche - époque. Ce que je veux dire par là, c'est que finalement j'avais toujours vécu dans la dictature positive que la "vie c'est forcément génial". J'avais de la merde dans les yeux. Je crevais de solitude, j'avais pas un rond et je passais des journées entières sans que personne m'adresse la parole. Mais ça m'empêchait pas de me morfondre dans une culpabilité impitoyable. J'étais forcément responsable, que dis-je, coupable, de ce désastre en dépit des bons conseils qu'on m'avait prodigué, de tous les efforts qu'on avait fait pour moi. Ce n'était pas la vie qui était moche. C'était moi qui était moche de ne pas savoir l'aimer comme elle le méritait, la salope. Tu sais, cette chose toujours si pleinement gonflée de promesses... Si tu ne les comprends pas, si tu ne les saisis pas, si tu ne tombes pas en extase devant... le goulag ? Ouai, le goulag ! C'est comme ça. Je ne sais pas vraiment où on est censé apprendre l'esprit critique. Il paraît à l'école ahaha, mon cul. Mais c'est sans doute par pur manque d'esprit critique que la possibilité de NE PAS aimer cette chose ne m'était jamais vraiment venue à l'esprit. Je suis pas très rapide, je sais je sais...
Pourtant les arguments ne manquent pas, ne serait-ce que de n'avoir pas choisi d'être là ou ses parents ou la couleur de ses chaussettes. Et puis, oui, les idées de suicide t'effleurent de temps en temps en même temps que l'acné... Surtout quand tu chopes un zéro en maths ou que Corinne te fait la gueule. Non pire encore ! Quand tu saisis pas au vol l'occasion de passer cinq minutes aux toilettes en tête à tête avec elle, parce que l'espace d'un vingtième de seconde l'idée t'a traversé l'esprit qu'elle serait infiniment plus séduite par la ténébrosité suroccupée d'un gentleman farmer de passage dans cette ville de province au bord d'une mer chaude (enfin, l'été) que par un mouflon en rut travaillé par sa testostérone bouillonnante.
Mais je sais pas toi, moi je ne vois rien de comparable entre cette vague idée de mettre fin à une farce pour un espoir momentanément déçu et le constat désabusé d'un désamour qui ne concerne que toi et toi. La première est, parfois, un acte d'abandon, ou de soumission au diktat qu'on t'a bien inculqué depuis le début : tu aimeras cette vie, mon fils, parce qu'elle ne peut être que magnifique et que pis d'abord t'as pas le choix, hein. La seconde signifie : je t'emmerde, toi et ta putain de vie 'achement positive que c'est tellement trop bien qu'il faut en rester baba sinon elle s'use.
Bin tu vois, ça m'était jamais sauté aux yeux comme cette fois là. Me fais pas dire que j'aime ou j'aime pas la vie, c'est pas ça. Je m'en fous, globalement de savoir si un courant est positif ou négatif, ça reste toujours un courant et j'y peux rien. Mais on est libre de pas aimer. Ce qui fait quand même une différence... quand tu aimes, par exemple. On s'est séparé peu après.
18:20 Publié dans Conseils pratiques | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : sexe, amour, liberte, sarkozy, segolène, mon cul c'est du poulet
31.05.2007
En rade en rade en rade
Je cherche, je cherche ce qui pourrait me rendre l'envie de me bouger un peu. La dose d'enthousiasme minimal pour une vie que tout pousse vers la monotonie, même le chagrin. Oui, le chagrin aussi peut devenir une sorte de routine. Les disputes, les tensions, les regards échangés mais qui ne se croisent plus trop. Les gênes, les malaises, la vaisselle qui s'entasse et perturbe par son désordre la jolie image d'Epinal à laquelle on accroche malgré soi ses illusions. De temps en temps aussi, les retrouvailles, les discussions qui essaient de retisser le fil perdu mais, au fond, le détressent un peu plus parce qu'on le voudrait tellement fragile, ce fil, qu'à la longue, à force de l'observer de si près, il ne reste parfois plus que le sentiment de son évaporation. D'aucuns diraient le phallus, tu sais l'objet absent, forcément, du désir. Tout ça finit par jouer sur le moral. On aimerait que ça change et retrouver l'ambiance technicolor d'autrefois. Arrêter au moins le dépeçage de la chair des jours, l'effeuillage de marguerites et de chardons. Mais il est temps de dépasser le stade de la jérémiade. Ceci dit, je ne sais pas vraiment comment on fait et c'est bien ça que je cherche.
Ah, il te faudrait quelqu'un à qui en parler ! Tiens, quelle drôle d'idée... J'ai essayé, pourtant, oui souviens-toi, le docteur Sourire et mes 258 146 973 rendez-vous manqués. Mais je trouve que c'est une manière de détourner la question : vous fuyez ? Eh bien, tout le problème est là, mon garçon, ahaha. On voit bien que vous sortez tout ça de votre manche... Rationnel, mais simpliste, et insatisfaisant, en l'absence d'autre émotion. Là aussi, on agit par réflexe : un problème ? Vite on en parle. Comme au service après vente, pour une réclamation. Client pas content ! Mais si justement, la question c'était d'arrêter de parler ? On est tellement habitué à ça, même aux infos c'est devenu une routine : un accident de la route ? Toc, on envoie sur les lieux une équipe de psys d'urgence. Un bobo ? Un psychothérapeuthe du GIGN est aussitôt parachuté. Et tous ces bienveillants pour t'aider à exprimer ton symptôme comme un vieux torchon mouillé qu'on essore. Se retrouver à la télé alors qu'on feuilletait Art press dans la salle d'attente... C'est la Star Ac finalement. Mais le symptôme c'est pas vraiment la question. C'est pas forcément lui qui te rend malheureux. C'est juste une manifestation de la vie qui t'occupe, je dirais même son plaisir, puisqu'on a tellement de mal à s'en séparer, du symptôme, c'est bien qu'il doit s'y trouver une satisfaction profonde. Mais je vais pas te faire de la théorie, tu t'en fous et moi aussi.
Donc prendre le contrepied et arrêter de causer à tout va pour, finalement, rendre un peu de sens à cet